Le Québec, une nation fasciste d’extrême-droite?

80% des Québécois perçoivent l’islam comme quelque chose de négatif de façon stable depuis au moins 10 ans. Certains diront alors que les Québécois étaient, et sont toujours, des fascistes d’extrême-droite sans combats depuis au moins 10 ans. Mais ce serait effectivement difficile à croire, n’est-ce pas. Ce serait surtout insensé. Sur environ 6 millions de personnes supposées fascistes, cette supposée rage refoulée se serait au moins extériorisée par quelques milliers de Québécois qui seraient allés attaquer des mosquées au Moyen-Orient. Évidemment, ce n’est pas arrivé. Même chose si l’on inclue le racisme dans ce supposé fascisme: Évidemment, aucun meurtre de noirs de masse au nom de notre supposée nation fasciste.


La vérité est que ce n’est pas que l’islam qui soit perçue négativement. Au Québec, les religions sont de plus en plus abandonnées par tout le monde. Pratiquement aucune jeune personne ne prend la religion comme guide pour ses faits et gestes (avec raison), et les personnes âgées ne vont presque plus à la messe. Les églises disparaissent à vue d’oeil, et sont transformées, entre autres, en bibliothèques. En fait, c’est bien plus que ça. Aujourd’hui, près de la moitié des Québécois trouvent « suspect » quiconque exprime ouvertement sa religion, ET près de la moitié des Québécois ont une perception négative de la religion en général. Pourquoi les Québécois perçoivent l’islam deux fois plus négativement que les autres religions en général? Oh, ça sent le fascisme… Jusqu’à ce qu’on se rappelle que l’islam est la religion principale d’un Moyen-Orient en guerre depuis toujours (plutôt, le Moyen-Orient et ses environs), qu’on voit constamment en guerre depuis l’invention de la télévision, et surtout la religion officielle d’une Arabie Saoudite théocratique dictatoriale qui est, disons-le franchement, retardée.


Monde parallèle


Après la grande noirceur et la révolution tranquille, nous, Québécois, sommes devenus libres d’abandonner les religions, et avons acquis la liberté de les critiquer et de s’en moquer. Et nous l’avons fait avec joie pendant plus de 50 ans, de l’époque des Bleu Poudre et RBO à aujourd’hui. À un point tel que plus la critique d’une religion était vitriolique, plus la blague était bonne… À moins qu’un états-unien tombe dessus sur internet et se choque, ce qui nous surprenait (les états-unis étant littéralement notre contraire sur ce point). Et aujourd’hui, c’est toujours pareil. Mais visiblement, du jour au lendemain, un monde parallèle apparaît. Un monde parallèle dans lequel nous avons plutôt perdu notre révolution tranquille, sommes retournés dans la grande noirceur, et toute critique de religion, islam inclus, preuve d’une démocratie en santé et d’une liberté d’expression impeccable (incluant mon CV bien rempli de critiques de la religion qui pourrait facilement me donner une carrière d’humoriste), tout ça est tout d’un coup (malgré le fait que nous sommes comme ça depuis 50 ans) devenu « la montée fulgurante du fascisme et de l’extrême-droite au Québec« . Et on improvise un cours d’Éthique et Culture Religieuse pour « contre-balancer » (?), qui ressuscite le cours universitaire de théologie à l’université à un point tel que certaines universités manquent de place, dans un Québec dans lequel le cours d’Enseignement moral et religieux catholique était acclamé par les élèves qui voulaient dormir sur le bureau, dans un monde dans lequel la pente descendante de l’appartenance religieuse est solidement amorcée à un point tel que, dans 50 ans, la religion sera majoritairement considérée comme une mythologie.


Mais pourtant, rien n’a changé, excepté l’arrivée d’un peuple ouvertement religieux, dans notre Québec, que dis-je, dans notre monde progressiste de plus en plus ouvertement laïc. Les Québécois n’ont pas changé du jour au lendemain. Le monde entier n’a pas changé du jour au lendemain. Certaines personnes, en haut-lieu, on simplement compris qu’il n’y avait pas meilleur moyen de salir notre nation entière que de fasciser et « extrême-droitiser » 50 ans de notre histoire laïque au nom du multiculturalisme (sans oublier le salissage occasionnel du nationalisme québécois — « extrême-droitiser » un nationalisme majoritairement de gauche, « faut le faire », hein).


Ce mythologique monde parallèle disparaîtra aussi rapidement qu’il est apparu, n’en déplaise aux « inclusifs » et au cours d’Éthique et Culture Religieuse. Rien ne changera, parce que nous sommes un peuple progressif et ouvertement laïc, qui est, et restera toujours, dans le monde réel, l’antithèse du fascisme et de l’extrême-droite. En ces temps de guerre sainte, de terroristes islamistes et de jihads, qui n’auraient tous aucune justification si le coran n’était pas perçu comme une justification valable de leurs actes, sinon carrément perçu comme une immunité à la morale, il est impératif d’arrêter de diaboliser (!) la laïcité, et de plutôt l’exiger. En éliminant la laïcophobie du décor, nous avons un tableau bien plus précis du Québec actuel, dans lequel le supposé groupe d’extrême-droite fasciste « La Meute », qui affirme être anti-sharia et n’a jamais parlé d’immigration est, croyez-le ou non, simplement anti-sharia et n’a jamais parlé d’immigration (en plus que la sharia, c’est la définition même du fascisme). C’est un dangereux coup de dés, de pratiquement faire croire aux musulmans Québécois qu’ils devraient vivre dans la peur sous prétexte que le Québec est une nation aussi dangereuse pour eux que la Syrie, quand les seules menaces d’attaques anti-musulmans réelles sont, et ont toujours été, des groupuscules qui, au Québec, ont historiquement la propension de ne faire rien d’autre qu’être des groupuscules.


(Je demanderai aux personnes qui pensent à Alexandre Bissonnette de regarder ceci , et de chercher dans cette page-archive les mots « Israel Defense Forces« , « United with Israel« , et « William Lane Craig » (ce dernier étant un obscur évangéliste pro-Israel).


Un malheur n’arrive jamais seul


Le pire, c’est qu’il soit possible que la principale raison pour laquelle une petite partie des Québécois soient autant manichéens envers l’islam aujourd’hui, pensant en résumé que respecter l’islam rend quelqu’un bon comme par magie, et critiquer l’islam rend quelqu’un mauvais comme par magie (faisant de lui, comme par magie, un anti-arabe, anti-immigration, fermé aux cultures différentes, raciste et même fasciste — toutes des choses n’ayant absolument aucun rapport avec la foi), soit le résultat d’un peuple qui a beaucoup grandi dans une mentalité catholique, chrétienne « soit tu vas en enfer soit tu vas au paradis, y’a pas d’entre deux ». Alors la raison pour laquelle ceux-là sont autant incapables de critiquer une religion… est possiblement une autre religion. Comme quoi un malheur n’arrive jamais seul.


En résumé, si ça sent le fascisme à chaque endroit ou vous allez, c’est peut-être vous qui sentez mauvais.

…Et inversement, si vous perdez des amis pour des histoires de religion en 2017, ça en vaut « crissement » (c’est le bon mot) la peine.


Ajout: Article de Macleans.


Cet article nous fait part d’un sondage, et résume bien notre situation:


« La révolution tranquille au Québec fut spécifiquement une rébellion contre l’influence religieuse. Les politiques progressistes dans plusieurs autres parties du pays ont été des politiques de tolérance; au Québec, les politiques progressives furent souvent des politiques de résistance. »


Comparé au reste du Canada, les Québécois ont nettement moins de chance de supporter les partis politiques dont les leaders portent des signes religieux visibles, et nettement plus de chance de les supporter s’ils sont différents d’une quelconque autre façon outre la religion (si un des candidats du NPD serait une lesbienne noire et athée, elle recevrait probablement une meilleure réponse au Québec qu’ailleurs).


En résumé, ce sondage démontre que le Québec est la province la plus ouverte aux différences et la moins raciste du Canada.

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