Sur l’obligation de la gratuité scolaire — l’immoralité intrinsèque de la non-gratuité scolaire

On a tous déjà entendu la phrase “et si la cure pour le cancer se cacherait dans le cerveau de quelqu’un qui ne peut pas se payer d’éducation?”. J’ose dire que nous n’avons pas que perdus des cures pour le cancer à cause de l’immoralité d’un gouvernement qui exige que l’on paie pour accéder à de l’information. Oui, la première année d’éducation post-secondaire est (quasi) gratuite. Qu’elle ne soit pas totalement gratuite reste un problème à résoudre. En faite, je dis la première année… quand ce n’est pas simplement une erreur, un “changement de branche” dépourvu de valeur. Le gouvernement n’a toujours pas compris que ce n’est pas parce qu’on s’inscrit à une formation au cégep, qu’elle sera obligatoirement ce à quoi on s’attendait, donc qu’on est un lâcheux, et qu’on mérite obligatoirement d’avoir 100$ par mois en prêts et bourses maximum l’an prochain pour une formation intéressante — du moins, intéressante jusqu’à ce qu’on réalise que l’équivalent de 5$ par midi au secondaire pour de la bouffe, c’est pas suffisant pour se payer le loyer, la bouffe, en faite, même pas les livres nécessaires pour la dite formation post-secondaire. Mais bien sûr, c’est de la faute de l’étudiant? Aucunement. Il y’a l’inscription à la formation. Encore faut-il prétendre que tu vas réussir ton cours (par conséquent: le gouvernement sanctionne le manque d’intelligence… ironique pour un ministère de l’éducation qui a comme but — surprise! — d’éduquer); encore faut-il prétendre que tu vas te trouver une job ensuite (et la garder), parce qu’encore une fois ce n’est pas obligatoirement ce à quoi on s’attend; encore faut-il prétendre que la compagnie avec laquelle tu voulais travailler n’aura pas décidée de fermer d’ici-là (ou éventuellement); encore faut-il prétendre que le système n’aura pas changé en rendant tes études désuètes (tôt ou éventuellement), et encore faut-il prétendre que le salaire n’aura pas changé (tôt ou éventuellement), rendant tes études inutiles.


Quand tu te ramasses à travailler à l’épicerie au salaire minimum parce que tu peux pas trouver mieux juste parce que t’as l’équivalent d’un secondaire car cours de cégep inutile, avec 50 000$ de dettes pour une année universitaire que t’as coulé, ou « juste » 5000$ de dettes pour un quelconque cours de cégep, c’est jamais plaisant. Sans oublier que, comme je disais plutôt, l’idée de « changer de branche » quand t’as déjà ces dettes-là est assez effrayante ou impensable — voire impossible.


 Voyez vous, « c’est pas tout d’avoir la chance d’avoir du talent, encore faut-il le talent d’avoir de la chance ». Peu importe le talent, c’est en partie la chance qui définit si oui ou non tu vas trouver ce dit talent premièrement, et comme si ce ne serait pas suffisant c’est la chance qui définit si oui ou non tu vas pouvoir t’en servir, et comme si ce ne serait pas suffisant c’est la chance qui définit si oui ou non tu vas pouvoir en vivre, et comme si ce ne serait pas suffisant, c’est la chance qui définit si oui ou non tu vas effectivement aimer passer ta vie à faire ça (Et comme si ce serait pas suffisant, c’est la chance qui définit si oui ou non tu vas te trouver une job au salaire minimum pour payer tes dettes d’échec scolaire ensuite si tu coules).

J’ose dire qu’une personne qui a réussie son cégep, son université, et a maintenant un travail qu’il apprécie, est, au-delà d’une personne intelligente, au-delà d’une personne persévérante, une personne chanceuse. Parce qu’en résumé, y’a énormément trop de variables impossibles à prendre en compte, réalité de la vie oblige. Par conséquent, toute éducation non-gratuite est un risque pour tous, ce qui fait en sorte qu’il est impossible d’affirmer que de faire payer tout le monde pour l’éducation est le bon choix à moins d’user de généralisations, de sophismes ou de syllogismes.

Selon les politiciens, le système mis en place, qui est un système programmé pour un monde dans lequel règne le déterminisme absolu du “c’est simple, tu fais ton cours ensuite tu travailles”, visiblement, est suffisant. Eh ben. Il faut que les politiciens comprennent que tout n’est pas aussi simple que de devenir politicien. Le système d’enveloppes brunes n’est pas aussi facile d’accès au cégep et à l’université. Il n’y a aucun sens à un système qui condamne l’échec de la première formation comme si ce serait un échec volontaire suivi d’une amende à payer, voire même qui condamne le désir d’acquérir de l’information en s’inscrivant à un cours au Cégep en demandant d’en payer une partie quand la bibliothèque du même édifice est ouverte au public gratuitement. Voilà pourquoi je condamne l’immoralité d’un gouvernement qui exige que l’on paie pour accéder à de l’information… Information qui a comme but, par-dessus le marché, de faire rouler l’économie du gouvernement en faisant de l’étudiant un futur bon citoyen travailleur et payeur de taxes et d’impôts pour le bien du PIB de la province!

Faites preuve de modestie, bordel. Travailler — que dis-je — avoir le droit d’essayer d’étudier gratuitement dans le but d’essayer de travailler dans ce que l’on préfère devrait être un droit, pas un privilège. Cessez de rajouter l’insulte à l’injure en insistant qu’on doive payer pour mériter de travailler “pour vous” cinq jours semaine pendant, en moyenne, 50 ans.

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