Sur l’abstentionnisme

Les personnes qui disent « t’as pas voté, t’as pas l’droit d’chialer » ne devraient pas avoir le droit de voter: Elles sont trop promptes à la démagogie.


À ceux qui disent « t’as pas voté, t’as pas l’droit d’chialer » : Alors vous êtes en train de me dire que, si aucun parti ne m’intéresse, j’acquiert la liberté de chialer contre n’importe quel parti si je décide de voter pour un parti complètement impopulaire juste pour vous faire fermer la trappe pendant 4 ans? Si je vote cette année, ce sera pour le Bloc Pot. La logique que vous ne comprenez pas, c’est qu’un vote stratégique de ce genre a exactement le même effet qu’une abstention, ça ne change absolument rien: Qu’un parti politique l’emporte avec 40% des voies ou avec 35% des voies à cause d’un 5% de pseudo-abstentionnistes, le parti va l’emporter quand même. Pire encore: les pseudo-abstentionnistes donneront des sièges à un parti poubelle. Et tiens, l’abstention vaut mieux car c’est plus économique en temps comme en argent, et plus écologique car c’est à la fois une économie de carburant et de papier. C’est aussi économique pour la province: Ça fait 1.50$ de moins de donné à un parti qui ne le mérite pas, et qui pourra être utilisé à d’autres fins. En ces temps de crise économique, il vaut souvent mieux de donner ce 1.50$ à un mendiant.


Aussi, s’abstenir de voter, ce qui manifeste évidemment un manque de confiance en tout parti politique se présentant aux élections, signifie que nous, abstentionnistes qui ne devraient supposément pas avoir le droit de chialer, n’avons pas le droit de dire « j’vous l’avait dit », lorsque l’actualité prouve que notre manque de confiance était légitime, et que nous avons donc bien fait de ne PAS voter? Cela signifie aussi que plus nous avions raison de ne pas voter, plus notre manque de confiance était légitime, plus il est légitime pour nous de chialer, plus nous devons rester silencieux et ne pas manifester notre mécontentement, en récompensant l’injustice de par notre silence.


Le vote n’est pas un moyen de protestation, c’est un moyen d’acceptation absolue du système en entier, tel qu’il est, incluant, de par son fonctionnement, toute sa capacité de provoquer voire d’encourager des aberrations en toute liberté, ce qui inclue aussi la liberté d’être au-dessus des lois (« non, nous ne ferons pas de commissions d’enquête! »), comme la liberté d’ignorer le mécontentement du peuple du haut de cette tour d’ivoire qu’est l’Assemblée Nationale. Je voterai dans une démocratie directe. D’ici-là, je préfère l’abstentionnisme à provoquer et subir moi-même les conséquences de mes propres actes, c’est-à-dire faire partie du problème. Comme acheter un produit Apple égale encourager l’esclavage et les conditions de travail en Chine, voter, c’est endosser le corporatisme, la kleptocratie ou la ploutocratie (et l’aristocratie inhérente à la « démocratie » actuelle).


Et j’écris « démocratie » entre guillemets, parce que nous vivons en aristocratie… et prétendre que l’on vit en démocratie « participative » juste à cause de la définition du dictionnaire est une insulte à l’existence historique réelle de la démocratie ainsi qu’a l’étymologie grecque du mot démocratie, qui signifiait à l’origine « pouvoir au peuple » ou « peuple-gouvernement ».


À la lumière de ces faits, voilà ce que je vous propose: l’expression « t’as voté, donc t’as pas l’droit d’chialer ».


Tant qu’a être « fendant », tant qu’a être arrogant, tant qu’a être mégalomane, le meilleur moyen de l’être est de faire comme le DGE et de faire de la propagande en disant « les absents ont toujours tort », ce qui est l’équivalent de dire « les politiciens ont toujours raison ». Je me demande bien pourquoi ils ne l’ont pas exprimés de la deuxième façon, hein?


En faite, dire « les absents ont toujours tort », c’est rentrer dans la gorge du peuple un jugement démagogique: « au moins un des partis politiques a raison ». C’est forcer le peuple à voter en mentant à eux-mêmes, c’est-à-dire soit en faisant fi de leurs idées, soit en faisant fi de leur doute et de leur méfiance. C’est forcer le peuple à choisir ce qu’ils n’auraient pas choisi en temps normal, et les faire sentir MAL de ne pas faire un MAUVAIS choix, en leur disant de façon subliminale « le système est correct et les choix de partis sont suffisants, c’est vous le problème ».


La saine et pure vérité, la voici: Le système n’est pas fait pour plaire à tout le monde, par conséquent, s’y soumettre n’est pas la bonne chose à faire pour tout le monde.


Et ce n’est pas seulement valide au point de vue des préférences politiques personnelles, car il en est de même du point de vue du fonctionnement du système lui-même.


Voilà pourquoi je ne vote pas, et voilà pourquoi je supporterai à jamais le droit à l’abstention.


« Presque tous les hommes, frappés par l’attrait d’un faux bien ou d’une vaine gloire, se laissent séduire, volontairement ou par ignorance, à l’éclat trompeur de ceux qui méritent le mépris plutôt que la louange ». (Machiavel)


Penser améliorer cette aristocratie en votant, c’est comme penser combattre le viol en donnant des condoms aux violeurs. La prétention tordue qu’ils s’en servent à bon escient n’est que le résultat d’une triste naïveté démesurée, et est surtout un affront ignoble aux victimes du système, de la part de contribuables incapables de réfléchir à un meilleur exutoire pour leur simulacre d’espoir auquel ils tiennent tellement peu qu’ils le sacrifient en le transférant entre les mains d’inconnus… et comble du malheur, ils en sont fiers, et la fierté qu’ils en ressentent, celle de « faire partie de plus grand que soi » en prétendant faussement s’allier, en quelque sorte, aux plus « puissants » de ce monde, surpassera à jamais tout ce qu’ils auraient pu ressentir à l’idée de vraiment améliorer le monde et en récolter une fierté légitime. Voter, c’est échanger un simulacre d’espoir et de pouvoir pour un simulacre de fierté. Des bribes de philosophes post-modernistes me viennent en tête: Effectivement, encore une fois, nous usons de tellement de schémas pour définir la réalité que nous avons perdu contact avec celle-ci. Mais notez bien une chose: pour les victimes du système qui gardent toujours contact avec la réalité, c’est-à-dire la nature et la nature humaine, la souffrance est ressentie naturellement, et ne se perd jamais dans des élucubrations juridiques et politiques.

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